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Grand-mère

Accouchement et façon de faire

8:39 min. - « J’ai fait des accouchements où on voyait le bébé se présenter par le siège ou par les pieds. Et ils ont tous survécu! J’ai vu des bébés de 3 kilos, 4 kilos, 5 kilos. » Sage-femme vénézuélienne

Transcription

Evelyne St-Onge - Le mode de vie innu est un mode de vie nomade. On cherche la nourriture dans le bois. On était toujours à la poursuite de l'animal, comme dans ce temps-ci avec le caribou. Il y avait la chasse au caribou, le piégeage du castor, la pêche... C'était notre façon nomade de vivre. D'après ce que mon frère Bernard nous disait, en Bolivie, la médecine traditionnelle est la médecine officielle. Et ils font usage des plantes comme nous des médicaments que nous achetons en pharmacie.
Laura Pinette - Ils utilisent les plantes encore aujourd'hui?
Evelyne St-Onge - Oui, encore aujourd'hui, ce sont les remèdes utilisés par la plupart des gens. Chez nous, il y a encore des Innus qui vont cueillir des plantes médicinales en forêt.
Walter Alvarez - L’apprentissage de la médecine traditionnelle en ce qui a trait à l’accouchement commence dès l’âge de 5 ans. Avec leur mère et les autres membres de leur famille, les enfants apprennent à découvrir les plantes et leurs propriétés, ainsi qu’à les choisir. Puis, dès 12 ou 13 ans, ils épaulent leur père ou leur oncle en voyages. Ils peuvent même aider pendant l’accouchement en préparant les médicaments, en participant à la cueillette des herbes, en confectionnant des cataplasmes de boue ou en apportant de l’eau. Ensuite, à partir de 18 ans, ils apprennent à se soigner eux-mêmes et ils commencent à faire leurs premiers accouchements accompagnés de deux ou de trois aides. Quand l’accouchement leur semble un peu risqué, ils vont demander de l’aide à un autre jeune. Mais pour y aller, ce dernier doit être accompagné d’un membre plus âgé de la communauté. Si les jeunes ne savent toujours pas comment procéder, l’aîné le leur enseigne sur place. C’est comme une école. Vers l’âge de 24 ans, c’est terminé.
Femmes - Dans notre cas, c’est notre mère qui nous a fait accoucher. Elle l’a fait pour chacune d’entre nous et pour chacun de ses 86 petits-enfants. Et nous avons toutes accouché à la maison; il n’y a jamais vraiment eu de problème. S’il nous arrivait d’éprouver de la douleur durant la grossesse, elle venait. Elle positionnait le bébé, nous réconfortait et nous soulageait. Plusieurs de mes sœurs ont craint la césarienne; leur bébé ne venait pas dans la bonne position. Mais ma mère, grâce à la connaissance transmise par sa propre mère et à son expérience, a toujours réussi à faire naître les bébés sans problème.
Ce qu’elle a appris, elle ne s’en est pas seulement servie avec nous, elle en a fait bénéficier de nombreuses personnes de la communauté. Et nous en sommes fières ! On dit que le fait d’assurer ainsi la survie de l’espèce est un don que Dieu offre à chaque sage-femme. Mais, dans le cas de ma mère, c’est aussi une connaissance qui lui a été transmise par sa mère.
À mon dernier accouchement, le bébé était mal positionné. Sans hésiter, ma mère m’a allongée sur une table et a examiné mon ventre. Elle m’a prise par les pieds, m’a secoué les jambes et, ainsi, a positionné le bébé correctement. À l’accouchement, le bébé est sorti parfaitement, sans aucun problème ! Un jour, revenant de l’hôpital, je me souviens d’avoir dit à ma mère qu’ils croyaient devoir me faire une césarienne. Alors, elle m’a dit : « Ils ne vont pas t’opérer et tu vas accoucher normalement. » Quand les douleurs ont commencé, je suis allée la voir pour qu’elle m’examine en lui répétant que j’étais due pour le 23. Elle m’a alors soutenu qu’au contraire, j’allais accoucher le 20 ou peut-être même avant. Effectivement, le 19, vers 20 heures, je suis entrée à l’hôpital; le travail avait commencé. Vers minuit, comme je n’arrivais pas à faire sortir le bébé, je suis partie chez ma mère et, une heure et demie plus tard, le bébé naissait. Tout s’était parfaitement bien passé!
Il y a autre chose d’assez particulier que ma mère fait comme sage-femme. Elle prépare un médicament pour venir en aide aux femmes qui ont de la difficulté à enfanter ou encore à celles qui n’ovulent pas adéquatement. Je ne sais pas exactement de quoi il s’agit; il y en a plusieurs. Par exemple, elle en fait un à partir de miel de waro et un autre fait à partir de branches d’arbre et de plantes de chez nous. Avec cela, les femmes arrivent à bien accoucher. C’est ce qui explique qu’après, elles appellent ma mère « maman »; c’est comme si leurs enfants devenaient aussi ses petits-enfants.
Mama Isabel - J'ai fait des accouchements où on voyait le bébé se présenter par le siège ou par les pieds. Et ils ont tous survécu! J'ai vu des bébés de 3 kilos, 4 kilos, 5 kilos. J'ai aussi aidé à accoucher des jumeaux. J'ai vu naître un prématuré de 8 mois et même un de 7 mois. Nous l'avons enveloppé dans une couverture pendant 3 jours pour qu'il retrouve sa chaleur corporelle et qu'il ne meure pas. Il devait sucer une ouate de coton! Nous avons fait cela jusqu'à ce qu'il réussisse à prendre la tétine. C'est la trousse que j'utilisais pour faire des accouchements. On y retrouve des gazes pour éponger, des ciseaux pour couper le cordon ombilical. Où est la petite pince? Ah! Et cela, c'est pour percer les eaux, pour que naisse le bébé! Ceci, c'est la femme. Ici, c'est son ventre. Donc, de là arrive le bébé. Ceci est un lange. « Pousse! Pousse! Fais-le sortir! » Et le bébé est né: le voici, dans le lange. Maintenant on va sortir le placenta. Ici, il y a deux bassins. Là, c'est le cordon ombilical donc en le sortant, on fait aussi sortir le placenta. Je le tiens ici et je le coupe. Alors je prends le placenta et je le jette. Puis, je nettoie la femme comme cela, je la lave.
Musique - Kathia Rock

Groupe de femmes guajiras et quelques enfants dans un village de Bolivie
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